Romann Ramshorn - FAQ

 

  • Pourquoi fais-tu uniquement du noir et blanc ?

 

C'est comme ça, la question ne se pose pas vraiment. J'aime cet univers à la fois brut et onirique, cette simplification du réel qui paradoxalement en dédouble le sens et la profondeur. De plus, grâce au noir et blanc, nous entrons directement dans la vision, dans l'interprétation. Du coup la problématique de la "vérité photographique" n'a plus lieu d'être : il s'agit d'une captation subjective. Pour ma part, je défends l'idée d'une expression photographique totale, c'est-à-dire d'une photographie qui enregistre du visible, sans aucune autre forme de subordination que celle qui lie un photographe avec ce qu'il voit.

 

 

  • Qu'appelles-tu photographie post-humaniste ?

 

En fait il s'agit plus d'un contexte historique que d'un courant photographique spécifique. La photographie humaniste s'est developpée dans une période relativement optimiste, dans l'euphorie de l'après guerre, des trente glorieuses, du plein emploi, dans l'illusion du progrès continu, social comme économique. Aujourd'hui, tout ça, c'est terminé. Depuis 1973, la période que nous traversons s'appelle la crise. Avec elle, nous réalisons petit à petit que l'Homme n'est pas la finalité du monde qu'il se construit, mais plutôt la variable d'ajustement.

 

La photographie post-humaniste traduit ce déclassement, ce glissement générationnel.

D'un regard tendre qui plaçait l'homme en tant que sujet central, en tant qu'acteur, ce glissement appelle à un regard plus dur, plus déconcertant, où l'homme, comme réduit à un simple marqueur d'espace, silhouette, ombre, reflet, n'occupe le plus souvent qu'une place périphérique dans la composition, celle d'un être un peu perdu dans son propre univers. Le système capitaliste a produit des effets très décevants, aussi bien dans nos cerveaux que sur la quasi-totalité des territoires. Et je présume que ce constat finit par nous impregner et par agir comme une matrice déterminante dans toute approche ou toute perception du monde.

 

 

  • Et la photographie subjective ?

 

A l'inverse de la photographie post-humaniste, qui à mon avis existe depuis plusieurs dizaines d'années sans avoir été théorisée ni même nommée, la photographie subjective se réfère à un courant bien établi depuis Otto Steiner et le début des années 50. Je l'ai assimilée de cette manière : un travail graphique et formel, mais jamais abstrait, qui joue sur l'inconscient et l'imaginaire collectif en traitant les objets et les choses les plus banals pour leur insuffler une dimension métaphorique et intime.

Je pense que "post-humaniste" et "subjectif" recouvrent à eux deux la quasi-totalité de mon univers photographique.

 

 

  • Que cherches-tu à montrer à travers tes photographies ?

 

Cette question suppose indirectement que la photographie ne serait qu'un moyen et non pas sa propre fin, ce dont je ne suis pas tout à fait convaincu. L'idée ici est de rester en connexion avec l'intuition, de ne pas la soumettre à un concept préfabriqué. Créer, en restant à la frontière entre l'imaginaire et le réel, voilà ce qui m'importe. Alors je cherche simplement à creuser mon instinct, en photographiant mon impact avec le monde, ma façon de m'imbriquer, de m'accomoder avec ce qu'il y a autour de moi. Ensuite, je compte sur l'insconscient qui me travaille pour injecter dans tout ça l'âme qui m'habite.

En même temps, j'associe la photographie au calme, à une sorte de trêve, comme un équilibre du chaos. J'aime me frotter à l'ineffable, je subis l'ambivalence, l'ambiguïté du sens des choses. Et au final je reste dans une forme d'incompréhension. En amour, je suis un romantico-cynique. Pour le reste, je suis un nihilisto-idéaliste.

 

 

  • Y-a-t-il des textes qui accompagnent les séries ?

 

Pour certaines séries, oui. Ces textes sont disponibles à la page « à propos ». Mais je précise que de mon point de vue une photographie existe avant tout par elle-même, indépendamment de toute explication.

 

 

  • Pourquoi rester à l'argentique, et ne pas passer au numérique ?

 

Il s'agit d'un choix plus affectif que raisonné. J'ai découvert la photographie en l'an 2000, à une époque où le numérique était encore embryonnaire. Les diapositives, les négatifs, la fin d'une bobine, le début d'une autre, tout cela, j'en suis rapidement tombé amoureux. Alors pourquoi changer ? Et puis je suis attaché à l'existence physique du négatif, j'aime ce rapport à la matière, au grain. Chaque négatif possède un mystère, une personnalité, et c'est cela qui donne une tonalité unique à chaque photographie.

Il est également claire qu'il me suffit d'embarquer 50 films et un jeu de piles boutons pour être autonome durant trois semaines dans les coins isolés que j'affectionne tant, et je m'imagine mal avec un équipement numérique là où il m'est déjà difficile d'entretenir la batterie d'un téléphone portable pourtant éteint 23h/24.

 

 

  • L'argentique ne coûte-t-il pas trop cher ?

 

Pas vraiment. Mes optiques et mes boitiers sont très bons, et je les ai eus pour presque rien. En numérique, à qualité égale, j'aurais dû investir des milliers d'euros, et sans doute changer plusieurs fois d'équipement, histoire de profiter des améliorations successives.

A côté de cela, j'achète mes films par lots, et je les développe moi-même dans la salle de bains. Une chose est sûre, je suis bien loin d'avoir dépensé dans ce poste ce que j'ai pu économiser en équipement.

 

 

  • Quel est l'intérêt de numériser tes négatifs ? Comment traites-tu tes images ?

 

Je suis en fait à la croisée des mondes, entre argentique et numérique, et j'essaye de tirer le meilleur parti des deux. J'utilise un scanner dédié aux négatifs, le Nikon Coolscan V Ed, puis je traite l'image sur logiciel, en respectant l'esprit de l'agrandisseur comme celui du négatif, c'est-à-dire je me contente d'ajuster la lumière et le contraste. Mais tirer sous un vrai agrandisseur reste une activité ultra pointue et ultra chronophage, sans compter la chimie et le papier qui sont assez onéreux. Certes l'image n'apparaît plus dans un bain, mais directement sur un écran, mais d'après moi les résultats sont incomparables à ceux d'un fichier issu d'une capture numérique puis converti en noir et blanc.

Ensuite, la repique d'une image numérisée est enregistrée, ce qui libère du temps pour en traiter de nouvelles. Je visualise autant de vues que je veux, ce qui facilite les sélections. De plus, j'accède aux minilabs, comme à toute la technologie jet d'encre, fine art inclus. Donc je peux produire des dossiers ou des expositions de qualité sans me ruiner, tout en conservant la possibilité de réaliser des tirages barytés faits main par la suite.

Enfin, bien sûr, cela me donne un accès facile au web.

 

 

  • Fais-tu des expositions ?

 

Quelques-unes ! Si j'ai une exposition en cours ou prévue pour dans peu de temps, elle se trouve à la page « infos ». La liste des expositions passées est à la page « expositions ».

 

 

  • Est-ce que tu vends tes photos ? Combien ?

 

Oui, il est possible d'acheter des tirages par le biais de ce site, à partir de 90 euros. Tous les détails ici.

 

 

  • Quel matériel utilises-tu ? Quels films ? Quel scanner ? As-tu des préférences ?

 

Presque tout est dit à la page « équipement » !

 

 

  • Quelles sont tes influences ?

 

Nombreuses ! Même s'il est en fait difficile de savoir dans quelle mesure elles m'influencent réellement... Mais j'ai tout de même tenté une liste ici.

 

 

  • Dans ton livre "Eldorado", tu sembles justement chercher à te justifier par rapport à tes influences. Pourquoi ?

 

Pour m'amuser ! Je fais partie d'une génération coincée entre les maitres, installés, reconnus, qui ont exploré à peu près tous les sujets, et la nouvelle photographie plasticienne, qui tend à envahir aussi bien les magazines, les festivals, que les galeries. Dès lors, avec une photographie "classique", qui ne fait que prolonger une histoire vieille d'un siècle, comment exister ? J'ai voulu pousser ce paradoxe jusqu'à son retranchement. Je crois que ceux qui regardent mes photographies, et qui pensent que je dois me libérer de mes influences pour exprimer mon propre point de vue, se trompent de grille de lecture. Celui qui reçoit doit aussi se défaire de ses propres automatismes culturels. Lire une image, ce n'est pas dresser un catalogue de références. Cela demande sans doute un petit effort, mais voilà, il s'agit d'une invitation, avec une pointe de provocation et d'humour, à considérer ce que ma photographie a à dire de personnel, et à aller au delà des apparences.

 

 

  • Est-ce que tu vis de la photographie ?

 

Durant plus de dix ans, j'ai vécu pour la photographie, et non de la photographie. Mon horizon à ce moment-là se contentait d'essayer de ne pas en mourir...

 

 

  • Acceptes-tu les travaux de commandes ?

 

Aujourd'hui, je suis photographe publicitaire, à Brive. Je me suis inscrit dans la lignée de mes parents, en reprenant leur activité. Donc oui, je travaille sur commande !

 

  • Tu vises le marché de l'Art ?

 

Le marché de l'Art, spéculatif et hypocrite, est une une excroissance cancéreuse du libéralisme, il attaque la culture comme n'importe quel marché.

 

 

  • Quelles sont tes destinations favorites ? Quels pays as-tu déjà visités ?

 

A l'heure actuelle, ma préférence va incontestablement à l'Espagne. Ce pays est un véritable film grandeur nature, une terre brute et immense. J'ai aussi beaucoup aimé la Turquie, qui me laisse un souvenir impérissable. En fin de page "équipement" se trouve une carte recensant tous les pays visités.

 

J'ai envie de consacrer une année à la France, parce que je ne la connais pas encore si bien que ça... Je pense qu'elle peut suprendre, et m'offrir un vrai terrain d'aventures, question villages morts et zones de transits... Ce sera l'année 2012.

 

J'espère pouvoir voyager un jour au Mexique, au Chili, en Argentine, dans le Middle West américain, ou encore au Turkménistan, au Kazakhstan, en Mongolie, au Mali, en Ethiopie... Bref ce n'est pas fini !

 

 

  • Comment voyages-tu ?

 

Le plus souvent avec ma Clio, qui me sert également d'hôtel et de restaurant. J'aime être sur les routes, lire des cartes. J'aime dormir dans des endroits toujours différents, j'en trouve régulièrement de magnifiques, et je me sens alors comme un privilégié, goûtant avec délice la tranquillité et la beauté de lieux que je ne partage qu'avec le silence, le ciel, le vent, la faune et la flore. Je savoure toujours ces moments-là.

 

 

  • Je me pose une question, mais elle n'est pas dans la FAQ. Est-ce que je peux te la poser quand même ?

 

Oui ! Le formulaire de contact est aussi là pour ça. Et du coup elle apparaîtra peut-être ici.

 

 

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